Un matin je suis allé golfer et j’étais comme un con sous la pluie et en pleine tempête.
Comme d’habitude, et au bout de dix minutes j’avais le pantalon trempé jusqu’aux genoux et la casquette qui essayait de partir vivre sa meilleure vie à Montreuil.
Parce que c’est ça le vrai problème de la saison : ce n’est pas le froid, c’est la pluie ET le vent en même temps.
Font chier.
Bon le froid, on sait faire.
Mais la pluie de travers, celle qui rentre par le col, par les manches, par en dessous (oui, par en dessous), là, la majorité des gens sont mal équipés. Je le vois tous les jours dans la rue : des gens en doudoune de ski qui dégoulinent, des gens en manteau en laine qui sentent le chien mouillé à 9h12, et des parapluies à 4 euros retournés dans les poubelles de la ville.
Donc, voici les pièces qui marchent vraiment quand il pleut et qu’il vente, avec à chaque fois des marques que j’ai testées ou dont je suis sûr, classées du moins cher au plus cher.
Le trench, le vrai
On commence par le classique, parce que le trench a été inventé pour ça : des soldats dans des tranchées sous la pluie, pas pour poser devant le Café de Flore.
Mais attention, il y a trench et trench.
La plupart de ceux qu’on trouve aujourd’hui sont en coton fin, non traité, qui boit l’eau comme une éponge au bout de quatre minutes. Joli au soleil, catastrophique sous la flotte.
Ce qu’il faut chercher, c’est une gabardine dense (le tissu serré de Burberry à l’origine) ou un coton enduit / caoutchouté. Et une doublure qui se retire, sinon tu meurs de chaud dès que tu rentres dans le métro.
Petit test en boutique : tu verses quelques gouttes d’eau sur la manche. Si ça perle, c’est bon. Si ça fonce direct tu peux le reposer et dire”wooow c’est un faux trench votre truc, je vais me plaindre à la direction. Hein. Okay”.
L’imperméable : trench ou mac
On commence par le classique. C’est la saison de l’imperméable, et un imperméable, c’est soit un trench, soit un mac.
Le trench, ça vient des tranchées. Double boutonnage, ceinture, épaulettes pour accrocher les galons. Le mac, c’est la version simple : un col, une rangée de boutons, pas de ceinture.
Dans les deux cas, ce qui compte c’est le tissu : une gabardine dense ou un coton ciré / caoutchouté, pas un coton fin qui boit l’eau au bout de quatre minutes. Petit test en boutique : quelques gouttes sur la manche. Si ça perle, c’est bon. Si ça fonce direct, repose-le.
Voici ma sélection, du moins cher au plus cher.
Sous les 500 €, c’est le territoire du mac.
Hast, 340 €. Un balmacaan en coton ciré écossais. Balmacaan, c’est le mot chic pour dire « mac à manches raglan », tu peux le replacer en dîner.
Brut Archives, 350 €. Ils collectionnent du vintage à Paris et redessinent leurs pièces à partir de ça. Le leur s’appelle « The Best Mac », ils n’ont pas de problème de confiance.
CQFD, qui est pour moi la plus belle marque pour femme sur les produits
Asket, les Suédois, dans les mêmes prix. Zéro détail, zéro logo, le plus épuré de la liste.
Bonnegueule, 420 € en ce moment. C’est le plus technique, avec une ceinture que tu peux enlever.
Noyoco, 445 €. Coton bio, coupe longue et ample. Ils en ont produit trente-huit, donc si tu le veux, traîne pas.
Autour de 1 000 €, tu arrives sur le trench.
Grenfell. Presque personne ne connaît en France, et c’est pour moi le meilleur rapport qualité-prix. Ils tissent leur propre toile de coton ultra serrée depuis 1923, fabriqué à Londres, autour de 900 € si tu commandes chez eux.
Lemaire, 1 350 €. Une coupe très ample, c’est le trench de quelqu’un qui a l’air de ne pas avoir fait exprès.
Au-dessus de 2 000 €, les trois monuments.
Burberry, 2 150 €. Le modèle Heritage est toujours fabriqué en Angleterre.
Private White V.C., à Manchester. Tout est fait dans leur usine, avec une doublure amovible en laine et cachemire.
Mackintosh, en Écosse. C’est eux qui ont donné leur nom au mac. Collé et scellé à la main, tu peux traverser Glasgow en novembre.
Et bien sûr, Vinted et Le Bon Coin : c’est LA pièce à acheter d’occasion. Des vieux Burberry, Aquascutum ou Grenfell traînent entre 80 et 250 €, et une gabardine d’il y a trente ans est souvent plus dense que ce qui se fait aujourd’hui. Vérifie juste l’état de la doublure et des boutons.
Mon conseil : à budget serré, prends un bon mac plutôt qu’un mauvais trench. Et si tu veux un trench pour vingt ans, regarde Grenfell avant de regarder les autres.
Dans tous les cas, prends-le une taille au-dessus de ce que tu penses : il faut pouvoir mettre un pull épais dessous et fermer le col jusqu’en haut. Un imperméable ouvert sous la pluie, c’est juste une cape.
Si tu es une femme, j’ai fait une vidéo pour toi ici :
La veste cirée
C’est ma pièce préférée de cette liste, et de loin.
La veste cirée, c’est du coton imprégné de cire (ou d’huile, à l’origine c’était pour les marins). L’eau glisse dessus, le vent ne passe pas, et surtout ça vieillit magnifiquement bien. Les plis prennent une patine, les zones de frottement s’éclaircissent, au bout de cinq ans la veste raconte quelque chose.
L’autre avantage, c’est que c’est une veste de mi-saison : pas doublée, pas chaude en soi. Dessous, tu mets ce que tu veux selon la température. Un t-shirt en octobre, un gros pull en janvier.
Deux choses à savoir avant d’acheter :
Ça sent. La cire a une odeur particulière, un peu de garage, un peu de bougie. Certains adorent (moi), d’autres ne supportent pas (pas moi). Va la sentir en boutique avant.
Il faut la recirer tous les deux ou trois ans, avec un pot de cire à 15 € et un sèche-cheveux. Ça prend une heure un dimanche et c’est franchement satisfaisant mais tu en fous partout.
Où en trouver :
Vinted encore : des Barbour d’occasion partout, entre 60 et 150 €. Une Barbour fatiguée se recire et repart pour dix ans. Cherche les modèles Bedale (court) ou Beaufort (un peu plus long, avec la poche à gibier dans le dos, très pratique pour un journal ou un bonnet).
Aigle (200 à 300 €) : ils font des cirées correctes, un peu moins épaisses que Barbour.
Hast avec son motif tartan à moisn de 400 euros. La coupe est vraiment magnifique je trouve.
Barbour (300 à 450 € neuve) : le classique, fabriqué en Angleterre pour les modèles historiques. La Bedale est la plus simple à porter en ville.
Private White V.C. (500 à 700 €) : marque de Manchester qui fabrique tout dans sa propre usine. Leur version cirée est plus moderne, plus ajustée, avec des détails en cuivre. Si Barbour fait trop « chasse au faisan », c’est là qu’il faut aller.
Pour le porter sans avoir l’air de sortir d’un château écossais : un pantalon de travail un peu large, des baskets propres, et surtout pas la chemise à carreaux assortie.
La veste technique (oui, j’ai dit technique)
Il y a des jours où ni le trench ni la cirée ne suffisent. Les jours de tempête, de vélo, de match de foot du petit à 10h sous l’orage. Ces jours-là, une vraie veste imperméable à membrane, c’est la seule chose qui marche.
Krakatau la veste ci-dessus.
Le truc, c’est de ne pas acheter n’importe quoi. Les trois mots à connaître :
Imperméable, pas « déperlant ». Déperlant, c’est un traitement de surface qui part au bout de dix lavages. Imperméable, c’est une membrane dans le tissu. Sur l’étiquette, tu cherches un chiffre en millimètres (10 000 mm minimum pour la pluie sérieuse).
Coutures étanchées (« taped seams »). Sans ça, l’eau rentre par les trous d’aiguille. Si, si.
Respirante. Sinon tu es mouillé de l’intérieur au bout de vingt minutes, et là franchement autant rester sous la pluie.
Où en trouver :
Decathlon, et je le dis sans ironie. Leurs vestes Quechua MH500 à 70-90 € ont des coutures étanchées et une vraie membrane. C’est moche, mais ça marche mieux que des vestes à 400 € de marques de mode.
Patagonia Torrentshell (environ 180 €) : la veste de pluie la plus vendue au monde, pour une bonne raison. Elle se plie dans sa propre poche, elle est garantie à vie, et elle est réparable.
Haglöfs et Fjällräven (250 à 450 €) : les Suédois, qui ont un rapport à la pluie que nous n’aurons jamais. Coupes plus droites, couleurs plus sobres que les Américains, et c’est bien fait.
Norse Projects et Arket (300 à 400 €) : si tu veux une veste technique qui ne ressemble pas à une veste technique. Membrane correcte, coupe de ville, pas de fermetures éclair orange fluo partout.
krakatau du coup, ils sont hyper forts pour penser le quotidien avec des poches cachées, des zips partout et des bandes de transport pour porter la veste à l’épaule quand tu as trop chaud (300 à 500 €).
Arc’teryx Beta (500 à 700 €) : le haut du panier. Fabrication canadienne pour certains modèles, membrane Gore-Tex, et une coupe tellement bien pensée que tu oublies que tu la portes. C’est cher, c’est pour vingt ans.
Mon conseil : prends-la dans une couleur pas criarde, bleu marine, vert foncé, noir.
La tête
J’en avais parlé au printemps pour le froid, mais sous la pluie c’est encore plus vrai : la tête mouillée, c’est tout le corps qui a froid dans les cinq minutes.
Le problème du vent, c’est que la casquette ne tient pas. Et le bonnet en laine, il boit.
Trois options qui marchent :
La casquette cirée. Même matière que la veste, même patine, et elle tient sur la tête parce que le tissu est plus lourd. Barbour en fait (autour de 40 €), et on en trouve chez Lock & Co à Londres si tu veux la version chapelier depuis 1676. Sur Vinted entre 15 et 25 €.
Le bonnet en laine bouillie ou en mérinos dense. Pas le gros bonnet mou en acrylique : un bonnet tricoté serré qui ne laisse pas passer le vent. Nitto Knitwear en fait de très bons, et chez les Suédois Fjällräven aussi. Entre 40 et 80 €.
Le chapeau de pluie à bord court. Plus personne n’en porte, donc c’est exactement le moment. Le bob en coton ciré de Barbour (50 €) ou les chapeaux de Lock & Co (150 € et plus) protègent le cou, chose que ni la casquette ni le bonnet ne font.
Et surtout, évite la capuche de la veste technique comme seule protection : elle isole du bruit, tu n’entends plus les vélos, et elle coupe la vision latérale. Ça, c’est pour la tempête, pas pour le trajet au bureau.
Les pieds
C’est là que la majorité des gens craquent. Une belle veste, un bon parapluie, et des baskets en toile qui font flic-floc à 8h40.
Le cuir, s’il est bien entretenu, est quasi imperméable. Le problème, ce n’est pas le dessus, c’est la couture entre le dessus et la semelle. Sur une chaussure collée, l’eau rentre par là. Sur une chaussure cousue Goodyear ou norvégien, beaucoup moins.
Donc, par ordre de prix :
Blundstone (180 à 220 €) : la boots australienne sans lacets. Cuir huilé, semelle collée mais vraiment étanche, et tu les enfiles en trois secondes. C’est la chaussure que j’ai le plus souvent aux pieds quand il pleut. Pas élégante, mais efficace.
Paraboot Michael (400 à 450 €) : cousu norvégien, c’est-à-dire que la couture est à l’extérieur, visible, et elle fait barrage. Avec un cirage régulier, tu peux marcher dans les flaques. C’est la chaussure de pluie française par excellence, et elle se ressemelle.
Polyver of Sweden avec une chelsea de pluie hyper efficace. tu en as pour 220 euros
Red Wing Iron Ranger ou Danner (350 à 450 €) : les Américains, plus lourds, cousus Goodyear, cuir épais. À prendre si tu marches beaucoup.
Le Chameau (300 à 500 €) : les bottes en caoutchouc doublées cuir, fabriquées à la main. Pour les jours de déluge total ou la campagne. En ville, c’est un peu beaucoup, mais une paire dure vingt ans.
Et un conseil qui vaut pour toutes : un cirage gras (type Saphir Dubbin ou Huile de vison) avant la saison, pas une crème. La crème nourrit, le gras imperméabilise. Deux couches, tu laisses sécher une nuit, et tu es tranquille jusqu’en mars.
Les chaussettes, en laine. Toujours. Le coton mouillé, c’est la fin de la journée.
Le parapluie
Dernier point, et pas le moins important : le parapluie.
Le parapluie à 5 € du tabac, c’est un objet jetable. Il se retourne à la première rafale, tu le jettes, tu en rachètes un, et au bout de l’hiver tu as mis 40 € dans des déchets.
Un bon parapluie, c’est un objet qu’on garde dix ans. Et il y en a de deux sortes :
Le parapluie tempête, avec une toile à double couche qui laisse passer le vent sans se retourner. Blunt (Nouvelle-Zélande, 80 à 120 €) est le meilleur que j’ai testé, il a des bouts arrondis qui n’éborgnent personne dans le métro. Senz (Pays-Bas, 60 à 90 €) a une forme bizarre, asymétrique, mais ça tient à 100 km/h.
Le parapluie classique en bois, qui se tient à la main comme une canne. Piganiol (fabriqué à Aurillac depuis 1884, 80 à 150 €) fait des parapluies solides avec un manche en bois massif et des baleines en acier. Et si tu veux le sommet, Fox Umbrellas à Londres (150 à 300 €) : baleines en acier trempé, manche en châtaignier ou en bambou, le parapluie des gentlemen depuis 1868. C’est le genre d’objet qu’on te vole dans un restaurant.
Petit truc : le parapluie classique ne se retourne pas si tu l’inclines face au vent. Il ne faut pas lutter contre, il faut le laisser prendre la rafale par-dessus. Ça demande trois jours d’entraînement et après tu ne te poses plus la question.
Voilà. Avec un trench ou une cirée, de bonnes chaussures et un vrai parapluie, l’automne se traverse sans trop de dégâts. Et tout ça se trouve d’occasion, patiemment, pour une fraction du prix.
Hop j’oubliais !
Pour t’aider à passer le froid, j’ai des nouveautés trop chouettes qui arrivent lundi !
Stay tuned comme ils disaient en 2010.
Des bisous
Luca









